" Un commerçant en Europe" 5 mai 2007

Le texte de ce moment théâtral a été adapté par Philippe Cocard et Lydie Greffier à partir de la biographie détaillée en C. 

Nathalie Lherbette a contribué à la mise en scène.

A La distribution :

B Texte :

Lieu : on peu envisager un salon, rendez-vous de chasse, …

Temps ça se passe en 1776

      1. Introduction

(Présentation théâtrale des personnages présents, du lieu, période, par exemple : )

Mme L. — Oh mon chéri, ça fait aujourd'hui 25a que nous sommes mariés

M L. — 25a déjà, je n'ai pas vu le temps passé, notre demeure angevine à 25a, elle aussi.

Mme L. — Oui, c'est vrai nous l'avons acquise en 1750

2)Nouvelles des Antilles

(M L. lit une lettre de sa nièce, sa femme commente la lettre par moment.)

M L. — J'ai reçu ce matin, une lettre datée du 29 juin, de ma nièce Mary qui est aux Antilles.

Mme L. — Oh ! Quelles sont les nouvelles ?

M L. — Je vous la lit : «  Aux Cayes le 29 juin 1776

Mon cher tonton

Depuis dix-huit mois, je n’ai point reçu de vos lettres. Je ne saurais imaginer pourquoi vous ne voulez pas me faire l’amitié de m’écrire J’ai beau faire, j’ai beau chercher que veux dire, ce morne silence, je ne peux pas en deviner la raison. Faites-moi le plaisir de me le marquer vous me donner de l’inquiétude en ne me donnant point de vos nouvelles. Je crains que ça ne soit la maladie qui me prive de cette satisfaction, si cela n’est pas donnez-moi de vos nouvelles vous m’obligeriez de me le marquer. « 

Mme L. — Oh ! elle s'inquiétait pour nous

M L. — « Cher tonton vous pouvez m’écrire tous les mois et envoyer vos lettres à M Laroche que vous connaissez parce qu’il part tous les mois des bâtiments de Nantes pour ce port et il me les fera passer et je recevrais du moins plus souvent des nouvelles.

Je vous dirais que mon papa a eu le malheur de perdre quatre nègres d’un parti qu’il avait acheté de vingt-cinq il m’en avait fait cadeau d’une petite fille d’environ douze ans que j’ay perdu. »

Mme L. Elle n'a vraiment pas eu de chance de perdre cette petite. Et quel gâchis, mon Dieu ! Il se dit partout qu’un nègre fait le travail de 4 indiens. Encore de l’argent perdu !!!

M L. — Elle continue : « Nous avons été cinq mois entier sans recevoir de bâtiments dans toute la colonie par le grand hivers que vous avez eu en Europe et par les glaces qui ont empêché les bâtiments de sortir de leur ports. Les provisions ont monté a des prix exorbitants nous avons payé cent soixante livres le baril, jusqu'à 150 la barrique de vin 300 ainsi du reste à proportion. Il nous ai arrivé quelques bâtiments fort a propos pour nous apporter des provisions. »

Mme L. — elle a été obligée de manger des patates et des bananes ? (ton amusée)

M L. —Non, non , elle nous dit dans la suite : "Car si vous vous souvenez vous moquiez quelque fois de moi en disant que nous ne mangions dans notre merique que des patates et des bananes. Mais pour le coup nous aurions été obligée d‘en manger malgré nous n’ayant pas autre chose. La colini était si dépourvue de vivre que si louis seize ne nous avait pas envoyé 1800 cent baril de farine 1000 barils de bœuf , nous serions mort de faim.

Votre très humble et très obéissante servante

Marie L"

3)Histoire de négrier (Jean)

(Le négrier arrive accompagné d'un érudit, M et Mme L. lui demande des nouvelles de ses affaires.)

Le valet — Madame, Monsieur Pierre et Monsieur Jean sont là, dois-je les introduire ?

Mme L. — Faites entrer Nestor !

(Pierre suivit de Jean entre, Pierre masque Jean au début)

Pierre — Bonjour, Cousine, cela fait bien un an qu'on ne s'est vu !

Mme L. — Bonjour Pierre, vous venez si rarement de Paris, toujours aussi occupé ?

Pierre — Oui, je travaille sur l'encyclopédie avec M. le Chevalier de Jaucourt.

M L. — Cela passionnera ma femme, mais je n'ai pas salué mon ami Jean qui vient de Nantes après un de ses longs voyages.

(M. L. guide Jean vers un fauteuil et commence à discuter avec lui)

M L. — Bonjour mon cher, comment va votre commerce de bois d’ébène ? Vous savez que nous avons besoin de la douceur que procure le sucre pour agrémenter notre ordinaire. Que votre activité nous est précieuse ! J’espère que vous aller pouvoir affréter un magnifique négrier, à moindre frais pour participer à ce marché devenu international.

Jean — Oui, tout va très bien, j'ai emprunté à la grosse à 30%.

Mme L. — Emprunté à la grosse, expliquez moi, je ne connais pas cette expression !

Jean — Emprunter à la grosse aventure est destiné à financer une expédition maritime, pour des navires allant en Guinée et à Saint-Domingue son taux d'intérêt est très élevé, mais en cas de perte du navire le prêteur ne reçoit ni intérêt ni principal.

Mme L. — Vous ne prenez aucun risque alors ? C'est tout bénéfice

Jean — Il y a hélas des pertes pendant le transport, les nègres sont enchaînés les uns aux autres dans la cale ou l'entrepont, on doit les rafraîchir une fois par jour en les faisant monter sur le pont supérieur. S'il y a une tempête, on ne peut pas les rafraîchir et souvent les pertes augmentent. Et c'est ça de moins de gagner !

Pierre (au Public) Je ne peux oublier que les encyclopédistes on écrit : «  l’acquisition des esclaves, par le moyen de l’argent, peut encore moins établir le droit d’esclavage, parce que l’argent, ou tout ce qu’il représente, ne peut donner le droit de dépouiller quelqu’un de sa liberté »

Mme L. — On peut vous voler l'argent qui vous a été prêté en Europe, c'est très risqué, non ?

Jean — Non, on ne procède pas ainsi, on fait toujours du troc. Dans les comptes, il faut savoir quelle est la valeur de ce que l'on troque, on compte dans une monnaie locale par exemple, en once d'or ou en pièce de tissus, lors des négociations on utilise cela, mais on n'a pas d'or sur le navire.

Mme L. — Oh ! c'est très compliqué, vous pouvez me donner un exemple ?

Jean — Je peux vous citer l'exemple du livre. Le Guide du commerce de Gaignat de l'Aulnais, regardez le madame :

Donc pour un captif on donne :

Une Ancre d'eau de vie, deux barils de poudre de 8 lb, une Pièce de tissus Néganepaux, une Pièce de tissus Batujapaux, deux Fusils, trente Pierres à Fusil, deux Barils de suif, pesant 50 lb, quatre Platilles, un Coffre de Pipes, deux Chapeaux communs, douze Couteaux Flamands, un Salempouris blanc et deux Barres de Fer plates, et 2 carrées ?

Mme L. — J'ai toujours été passionnée par les affaires ! Vous achetez en faisant du troc et pour vendre, comment faites vous ? expliquez moi !

Jean —on troque aussi, par exemple, pour 14 nègres et 10 négresses, on a troqué contre du sucre terré et du café payables en mai et juin, soit 22 000 livres. 

Mme L. — La vous me dites en livres, le nègre de tout à l'heure, il valait combien en livre ?

Jean — C'est écrit là 276 £

Mme L. il a revendu 24 captif pour 22000 £, cela fait 916 £ chacun !

Jean — Oui, mais il y a des pertes aussi. On est très rarement payé en espèces !

M L. — vous avez un gain aussi quand vous vendez à Nantes le sucre et le café !

Jean — En effet, cher ami ! mais il faut entretenir le navire

4)Une opposition le discours de l'érudit (pierre) et le code noir (1685)

MME L. — mon cher cousin !!! Cela faisait quelques temps que nous ne vous etions vu. Comment va la vie à Paris ? Et vos cours à la Sorbonne ? Racontez, racontez… Qu'en est-il de cette Encyclopédie dont je crois il est actuellement question ?

Pierre — L’Encyclopédie nous définie que : « l’esclavage est l’établissement d’un droit fondé sur la force, lequel droit rend un homme tellement propre à un autre homme qu’il est le maître absolu de sa vie, de ses biens et de sa liberté. »

MME L. — voilà en effet qui est nouveau, de tout temps et de toutes les civilisations l’esclavage a existé, il est naturel.

Pierre — oh ! Non, ma cousine, l’Encyclopédie nous apprend aussi que « l’on trouvait tant d’avantage à faire faire par autrui ce que l’on aurait été obligé de faire soi-même, qu’à mesure qu’on voulut s’agrandir, les armes à la main, on établit la coutume d’accorder aux prisonniers de guerre la vie et la liberté corporelle à condition qu’ils servent toujours en qualité d’esclave. On les traite d’ordinaire avec beaucoup de cruauté, de sorte que l’on s’imagine pouvoir impunément tuer de tels esclaves par un mouvement de colère ou pour la moindre faute. »

MME L. — il en va tout autrement dans nos îles de l’Amérique où s’applique le Code Noir qu’a fait rédiger, en son temps, Monsieur Colbert, afin de protéger les esclaves nègres, voyez en l’article 26 : « les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres, pourront en donner avis à notre procureur général : les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais ; ce que nous voulons être observé pour les crimes pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves. »

Pierre — soit, ma cousine, j’entends bien, mais, toujours dans l’Encyclopédie on apprend que « la liberté dans la société est d’être soumis à un pouvoir législatif établi par le consentement de la communauté, et non pas d’être sujet à la fantaisie, à la volonté inconstante, incertaine et arbitraire d’un seul homme en particulier ».

MME L. — ce Code est donc bien arrivé, il secoure les nègres dans leurs nécessités, ainsi l’article 22 «  Seront tenus les maîtres de faire fournir, par chaque semaine, à leurs esclaves, âgés de dix ans et au dessus, pour leur nourriture, deux pots et demi, mesure de Paris, de farine de manioc, ou trois cassaves pesant chacune 2 livres et demie au moins, ou choses équivalentes, avec 2 livres de bœuf salé, ou 3 livres de poisson ou autres choses à proportion et aux enfants, depuis qu’ils sont sevrés jusqu’à l’âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus. »

Pierre — Ils sont juste nourris pour ne pas mourir ! Et toujours travailler !

MME L. — L’article 6 ordonne un jour de repos : « Enjoignons à tous nos sujets, d’observer les jours de dimanche et de fêtes. Leur défendons de travailler ni de faire travailler leurs esclaves auxdits jours, à peine d’amende et de punition arbitraire contre les maîtres et confiscation tans des sucres que des esclaves. »

Pierre — Nous pouvons lire :

« C’est donc aller directement contre le droit des gens et contre la nature, que de croire que la religion chrétienne donne à ceux qui la professent, un droit de réduire en servitude ceux qui ne la professent pas, pour travailler plus aisément à sa propagation. »

Mme L. N’est ce pas pour mieux protéger les nègres ? C’est ainsi que j’entends l’article 2 « Tous les esclaves qui seront dans  nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés d’en avertir dès huitaine les gouverneurs desdites îles, à peine d’amende arbitraire, lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable. »

Pierre — « la liberté de l’homme est un principe qui a été reçu longtemps avant la naissance de Jésus Christ par toutes les nations qui ont fait profession de générosité. Nous dit l’Encyclopédie. »

Mme L. — N’est –il point généreux de vouloir protéger les enfants issus d’un concubinage entre une esclave et son maître ? Ainsi le prévoit l’article 9 « Les hommes libres qui auront eu un ou plusieurs enfants de leurs concubinage avec des esclaves, seront condamnés en une amende de 2000 livres de sucre, et, s’ils sont les maîtres de l’esclave de laquelle ils auront eu lesdits enfants, voulons, outre l’amende, qu’ils soient privés de l’esclave et des enfants et que elle et eux soient adjugés à l’hôpital, sans jamais pouvoir être affranchis. N’entendons toutefois le présent article avoir lieu lorsque l’homme libre qui n’était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera dans les formes observées par l’Eglise ladite esclave, qui sera affranchie par ce moyen et les enfants rendus libres et légitimes. »

Pierre — L’encyclopédie nous informe encore :

«  S’il est absurde qu’un homme ait sur un autre homme un droit de propriété, à plus forte raison ne peut-il l’avoir sur ses enfants. Le droit de propriété sur les hommes ou les choses sont deux droits bien différents. » « Ainsi tout concourt à laisser à l’homme la dignité qui lui est naturelle. Tout nous crie qu’on ne peut lui ôter cette dignité naturelle qui est la liberté. » «  l’esclavage n’est pas seulement un état humiliant pour celui qui le subit, mais pour l’humanité même qui est dégradée »

5)Il y a d'autre frais aussi !

(M L. lit l'inventaire des réparations, tout le monde commente)

M L. — Tout n'est pas si simple, il y a aussi des gros frais à la colonie, et il faut hélas entretenir, j'ai justement entre les mains un devis qui a été fait pour M. Narp, je vous en lit des extraits :

« Ce aujourd’hui 23 décembre, (la date est vraiment illisible), Soussigné jean Batiste Moudion habitant aux terrier s’est intéressé à examiner l’état des bâtiments et de constater les réparations urgentes et nécessaires à provisionner, à faire dans la dites habitation Size au Trou a quoi nous avons procéder comme suit :

Hôpital » 

Mme L. (Coupant la parole) Vous voyez Pierre ! il y a un hôpital !

M L. — Oh ! ma chère(ton abusé). Je disais donc : « hôpital, 1° Un bâtiments de 70 pieds de long sur 17 pieds de larges, poteaux en terre onaclé et bouzillé, couvert en paille servant d’hôpital, le sis bâtiment éloigné de tout, se trouve entièrement pourri et hors d’état de supporter aucune réparation. Nous avons même observé qu’il serait prudent de lui faire retirer les nègres malades qui courent le risque d’être écrasé à tout moment par la chute du bâtiment. » 

Pierre — Il est dans un tel état cet hôpital !

Jean — Ils vont le réparer, il ne faut pas perdre des nègres !

M L. — (ton abusé) Je poursuis : « Cases à nègres 2° 14 cases à nègres poteaux en terre onaclé et bouzillé, couvert en paille en très mauvais état La meilleure étant surplombé de plus de 8 pouces et les trois quarts des poteaux pourris, nous estimons qu’il y en 6 susceptibles d’être réparé avec économie en passant 4 poteaux de bois incorruptible ce qui pourrait revenir pour fourniture de 250 à 280 pour chaque case. Les 8 autres ne peuvent supporter aucune réparation et sont pratiquement à refaire. Plus deux autres cases à nègres sont tombées, abandonnées ! » 

Pierre — C'est une honte ! Que cela soit dans un tel état !

Jean — C'est un devis, tout cela va être réparé !

M L. — « Sucrerie4° la sucrerie en bon état ainsi que les équipages, viennent d’être réparé. » 

Jean — Vous voyez, ils réparent quand c'est nécessaire !

M L. — « Purgerie 5° ! » 

Mme L. — Purgerie ?

M L. — Oui, le bâtiment où on purge le sucre ! « Vu bâtiment de vielle purgerie en parti tombé ne pouvant supporter aucune réparation ; nous avons même remarqué que la matière qu’on est forcé d’y déposer faute de bâtiment suffisant pour la manufacture sont exposés en temps de pluie, ce qui peut occasionner beaucoup de pertes et de retard. » 

Pierre — Il ne répare pas toujours la preuve en est !

M L. — Ils en ont construit une nouvelle, je continue : « 6°Un bâtiment de nouvelle purgerie commencé environ 100 pieds de fini, poteaux sur soulage couvert en tuiles, palissadé, mais la palissade entièrement pourrie et à changer. Examinant ce bâtiment, nous avons aperçu que faute de l’avoir continué et fini, la charpente se trouve désassemblée d’un bout ch surplombé. Pourquoi il est très urgent de le faire finir très promptement, si on ne veut courir le risque de voir dépérir la charpente et s’exposer a des réparations très dispendieuses. » 

Jean — Ce Jean-Baptiste est vraiment de bon conseil, M. Narp a beaucoup de chance de l'avoir à son service.

6)Conclusion

Nous vous remercions de votre attention, nous remercions les archives départementales de Maine et Loire d'elles, proviennent la lettre adressée au tonton et le devis des réparations. Dans L'encyclopédie de Diderot d'Alembert, l'article esclavage a été écrit par M. le Chevalier de Jaucourt, Pierre en cite quelques paragraphes. Nous nous sommes inspirés de l'article intitulé "Comptabilité et traite négrière. Le Guide du commerce de Gaignat de l'Aulnais (1718-1791)" de Cheryll S. MC WATTERS et de Yannick LEMARCHAND pour le personnage de Jean. Le code Noir date de 1685, il était en vigueur en 1775. Nous pouvons donner notre bibliographie et le texte aux personnes intéressées.

C Bibliographie

Nous avons cité :

Provenant des Archives Départementales de Maine et Loire :

Provenant d'Internet :

Quelques livres nous ayant servit :

Codes Noirs, Edition Dalloz (2006),

Histoire de l’esclavage de Christian Delacampagne, le Livre de Poche (2002),

La traite négrière : vérité et mensonges (vol.3) de Jean Philippe Omotunde, Editions Menaibuc(2004).

D Costumes

Ils ont été loué au Centre Social Val'Mauges, pl Bourg Davy 49620 LA POMMERAYE


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